Toutes les raffineries sont en grève.. à nous !

TOUTES LES RAFFINERIES

Depuis lundi 24 mai, toutes les raffineries sont en grève. C’est une excellente chose. D’autant que dans de nombreux autres secteurs la grève au delà de vingt-quatre heures se profile également : dans le Rail, à la RATP, dans l’aérien, l’énergie, les ports et docks… mais il faut encore généraliser, étendre l’action gréviste pour bloquer l’économie et se lancer à l’assaut d’un autre futur.

Depuis 1995, nous vivons, peu ou prou, sur le modèle de la grève par procuration. Le Rail lors de ce mouvement fondateur, l’éducation en 2003, les raffineries en 2010 : à chaque fois, un secteur « en pointe » portaient littéralement la mobilisation collective. Dès lors, lorsque ce qu’il est convenu d’appeler un mouvement social voit le jour,  la question récurrente semble être :« Tous ensemble, oui… mais qui d’abord ? »
Son corolaire c’est la « caisse de grève », elle aussi bien souvent fétichisée : « puisque je ne peux pas faire grève, je vais donner de l’argent à celles et ceux qui se battent en mon nom ». Qu’on ne se méprenne pas : dans un conflit local, lorsque des salarié.e.s de l’industrie, du nettoyage, du commerce… aux salaires faibles et aux contrats précaires se lancent dans une lutte, la solidarité financière et tout à la fois un moyen pour populariser la grève et l’aider à s’inscrire dans la durée pour gagner. Elle est là, plus que bienvenue!

Mais dans un mouvement d’ensemble, il ne faut pas que cette stratégie puisse se réveler démobilisatrice. Ce qu’ont pertinemment rappelé les grévistes des raffineries qui, précisément, demandent plutôt à ce que les autres salarié.e.s les rejoignent dans la grève ! Alors bien sûr la réalité du salariat est aussi faite de petits boulots, de CDD, de temps partiels imposés, qui constituent un continent de précarité. Le chômage frappe partout et s’accompagne d’un chantage à l’emploi  permanent (auquel la loi « travail » donnerait une solide base légale… une de plus). Les collectifs de travail sont de plus en plus souvent éclatés, le rapport salarial individualisé au maximum. C’est vrai, et ce n’est pas pour autant d’ailleurs que l’action syndicale n’est pas possible (songeons, entre autres exemples, aux grèves récentes – et victorieuses – des travailleuses et travailleurs du nettoyage de l’hôtel Campanile Tour Eiffel, de l’hôtel Villa Massalia à Marseille, de la BnF à Paris).

Pourtant il existe encore de forts contingents de salarié.e.s qui exercent, en CDI ou sous statut, dans des entreprises et des établissements non dénués de présence syndicale. Des endroits où on se croise encore aux vestiaires, à la cantine, en salle de pause… où toute sociabilité n’a pas disparu et où il est possible de créer de l’action collective. Des endroits où les revendications existent toujours et peuvent s’exprimer en réunion, sur des panneaux syndicaux, dans des tracts. Ces revendications, comme celle des 32 heures par exemple, qui dessinent souvent un autre futur, en parlant du travail tel qu’on le voudrait et pas comme on nous l’impose. Où on travaillerait toutes et tous, mieux et autrement.

Mais pour ça il faut se mobiliser et s’il faut le redire, redisons-le : la grève peut être partout chez elle ! Il faut qu’elle le soit aujourd’hui contre la loi « travail » et son monde. Dans des secteurs forts où les structures syndicales sont un contre-pouvoir de premier plan elle peut, le plus possible, se faire reconductible. Ailleurs, ce sera peut-être une journée, voire deux ou trois, espacées ou pas. Ici quelques heures de débrayage pour participer à la manifestation ou à une action de blocage. Il n’y a pas de petite grève : toutes et tous nous pouvons prendre notre part au mouvement social en cours. Parce que faire grève, c’est refuser que certains s’arrogent le droit de décider à notre place de ce que nous vivons au quotidien au travail. C’est rappeler que sans travailleuses et travailleurs, la société est à l’arrêt, l’économie est bloquée.

L’heure n’est pas à la résignation : il est plus que temps de trouver les moyens de se mobiliser encore mieux, plus nombreuses et nombreux. D’articuler la grève aux blocages et aux expériences de démocratie directe (assemblées générales, Nuits debout…). Parce que c’est bien notre droit à nous révolter que le gouvernement veut essayer de briser en envoyant ses troupes, en mettant des militant.e.s en garde à vue, en les poursuivant en justice ou en les jetant en prison comme notre camarade Antoine de la CGT Valenciennes (l’appel « On bloque tout ! » propose d’ailleurs une motion de solidarité avec Antoine à envoyer au Préfet du Nord).

Pour la simple et bonne raison que notre colère est légitime, nous ne céderons pas aux provocations policières et ne sommes nullement intimidé.e.s par les rodomontades de Valls, Hollande, Cazeneuve et consorts. Et puisqu’ils n’entendent pas raison, oui, il faut faire grève et tout bloquer.

Théo Roumier (texte initialement publié sur le Club de Médiapart le 25 mai)